La "Mouffe", Maison pour Tous de la rue Mouffetard
à Paris (Vè), est sans conteste l’ancêtre des MJC. Mais elle
est aussi un espace d’expérimentation des mouvements de jeunesse et
d’éducation populaire, des centres sociaux et socioculturels, et
même des Maisons de la Culture initiées bien plus tard, dans les
années 60, par André Malraux.
En 1906, une étudiante, Catherine Descroix, venue se
loger au 6 de la rue Mouffetard crée une association "Chez
nous", rattachée au Sillon de Marc Sangnier, mouvement progressiste
du catholicisme social qui prône "l’éveil
démocratique" : "se conduire en parfaits chrétiens et en
parfaits démocrates (...) pour le bien du Christ et le bien du
peuple".
Dans cet esprit et grâce aux bénéfices de la vente de chaussures fournies par une coopérative de Fougères, Catherine Descroix organise des colonies de vacances, des conférences, une bibliothèque, des sorties appelées "caravanes", un groupe choral et musical.
Après son départ en 1910 pour Alexandrie, André Lefevre (dit "Vieux Castor"), puis Marthe Levasseur (dite "Mère Louve") prennent le relais, renforcent l’équipe et viennent s’installer au 76 de la rue Mouffetard, ancien siège d’une Maison des Syndicats, et d’une Université populaire où Jean Jaurès, Trotski et Lénine lui-même se seraient adressés aux ouvriers parisiens.
Après la première guerre mondiale, l’équipe de la "Mouffe" met en place un cinéma, se lance dans le scoutisme ("vieux castor" et "mère louve" seront respectivement commissaire national et régional et commissaire régionale des Eclaireurs de France), ouvre un restaurant, un bar "antialcoolique", organise des colonies de vacances en province, gère une "caisse de solidarité et des loyers" pour les familles défavorisées du Vè arrondissement de Paris.
La Maison pour tous de la rue Mouffetard associe rapidement et volontairement catholiques et protestants, israélites et laïques, ce qui la conduira à rompre avec le catholicisme militant du Sillon que Catherine Descroix, de retour de l’armée d’Orient où elle était infirmière jusqu’en 1921, voulait- contre tous-réimposer.
Cette première rupture annonce l’esprit de laïcité ouverte active qui fondera plus tard la démarche éducative originale des Maisons des Jeunes et de la Culture : ouverture à tous quels que soient l’origine sociale et le niveau d’instruction, refus d’être inféodé à un quelconque parti ou confession, confrontation de toutes les opinions sans crainte du conflit mais dans les respects de l’autre et des règles du débat démocratique.
Pendant la seconde guerre mondiale, la Mouffe resta très active malgré des passages de ligne de démarcation souvent périlleux, des convocations par la Gestapo pour activités interdites - notamment celles des Eclaireurs de France que la maison couvre - et la disparition en déportation de Mademoiselle Cahen, chargée de l’alimentation des enfants.
Mais c’est surtout après la Libération et avec l’arrivée de Georges Bibille ("Bill") que la Mouffe rattachée à la République des Jeunes puis à la Fédération Française des MJC, prendra une ampleur culturelle considérable, tout en gardant sa dimension de structure de jeunesse et d’éducation populaire. Nombreux comédiens, cinéastes, plasticiens, musiciens, chanteurs, poètes, y feront leurs premiers pas : Raymond Rouleau, Raymond Devos, et beaucoup d’autres, sans compter les plus grands intellectuels du moment, Jean Paul Sartre et Simone de Beauvoir entre autres, qui viendront y parler philosophie, politique, littérature et condition féminine.