Les MJC et la culture scientifique et technique

Les MJC ont comme projet de permettre aux jeunes comme aux adultes de prendre conscience de leurs aptitudes, de développer leur personnalité et de se construire comme citoyen actifs et responsable d’une démocratie vivante. Dimension éducative, épanouissement personnel, vivre ensemble, capacité à débattre, à construire et à confronter des points de vue, sont des mots clefs du vocabulaire de l’éducation populaire.

Les évolutions permanentes de la société nous obligent à penser notre rapport aux sciences sous un double enjeu : enjeu de développement et enjeu démocratique. Permettre aux citoyens de comprendre ces évolutions, informatiques, génétiques, technologiques … touchant tous les domaines de la société est central dans notre projet d’éducation populaire qui place en son cœur la question de l’émancipation des individus.

C’est pourquoi les sciences et techniques ont toujours fait partie des champs d’intervention des MJC. Mais nous préférons insister sur la démarche éducative spécifique à l’éducation populaire plutôt que de chercher à éclairer plus particulièrement telles ou telles pratiques ou domaines.

Et à l’aube des premières politiques publiques de culture scientifique et technique, en mettant l’accent sur la nécessité, pour tous les citoyens d’être dotés « d’une culture scientifique » minimale leur permettant de comprendre un monde toujours plus technique et plus complexe, la Fédération Française des Maisons des Jeunes et de la Culture , à l’instar d’autres fédérations d’éducation populaire, s’est mobilisée pour promouvoir la culture scientifique, notamment en participant à la création et en s’impliquant dans le CIRASTI.

Au fil des ans, les différentes politiques de culture scientifique qui se sont succédées, ont surtout développé des opérations de diffusion et instauré des lieux de référence en renforçant l’idée selon laquelle la science devait être « mieux expliquée ». Les pédagogies ont évolué, de grands équipements ont vu le jour, la « médiation scientifique » s’est développée en s’ouvrant à des pratiques ludiques et des scénographies originales.

Si ces démarches ont confirmé leur intérêt pour montrer la science du côté du jeu et de l’émerveillement ou pour favoriser la transmission des connaissances, elles n’ont cependant pas permis de développer des pratiques régulières des sciences, ni chez les jeunes, ni chez les adultes et le nombre de clubs scientifiques et autres ateliers a ainsi plutôt stagné.
La place toujours plus grande des sciences et des techniques dans la vie quotidienne de chacun s’est conjuguée avec un sentiment croissant de crainte voir de défiance confirmant des limites dans les démarches conduites pour cultiver les sciences et permettre leur appropriation citoyenne. Parallèlement, il est souvent évoqué, à tord ou à raison, la perte d’attractivité des filières scientifiques auprès de la jeunesse.
Ces évolutions contrastées appellent aujourd’hui à s’interroger, sur la place de la science dans la société pour construire un monde socialement et écologiquement plus juste et responsable. (Manifeste des MJC « pour dessiner ensemble la Société de demain) . Elles confirment, de notre point de vue, toute l’actualité et le rôle essentiel de l’éducation populaire et des acteurs associatifs.

Depuis presque trente ans, dans un esprit inter-associatif qu’il faut souligner, les MJC participent à la promotion de la démarche scientifique considérant que c’est à travers la pratique qu’elle s’assimile le mieux : observation, émerveillement, élaboration d’hypothèses, expérimentation, fabrication de prototypes, confrontation des avis... sont autant de moments complémentaires d’une démarche affirmant les sciences dans toute leur dimension culturelle.

Ainsi :

  • A travers les cycles de « conférences citoyennes », nous proposons à tous de réfléchir collectivement et avec méthode, à différentes questions scientifiques d’actualités et de proposer aux élus des avis construits avec et par les citoyens.
  • Lors des ateliers, stages, animations nous amenons les jeunes à porter un autre regard sur les sciences, en faisant émerger leurs représentations et découvrir le monde de la recherche et ses applications
  • Avec les « Expo-sciences », nous proposons à des jeunes d’imaginer, et de construire un projet qu’ils présentent alors à d’autres jeunes et au grand public. Ils en gardent souvent des traces mémorables, créant parfois de véritables vocations
  • A travers des « regards croisés » d’artistes, de scientifiques, techniciens, mis en scène, exposés et pratiqués, les MJC affirment que les sciences s’inscrivent de manière irremplaçable dans le champ de la culture au travers des relations nouvelles et inédites entre arts et sciences.

Toutes ces actions (non exhaustives) ont en commun de s’inscrire dans des démarches longues, dépassant le « one shot » de la visite d’une exposition ou de la participation à une conférence aussi pertinentes soient-elles.

Alors que les Assises de la Recherche mettent au cœur de leur questionnement le lien entre science et société, il nous parait indispensable de rappeler que ces pratiques d’éducation populaire sont absolument nécessaires pour (re)tisser des liens entre les sciences et la société.

Il nous parait évident que tout chercheur quel que soit son niveau ou son domaine d’excellence, est un citoyen parmi les autres et qu’à ce titre, il doit dès que cela est possible, s’inscrire dans le débat public. Nombre de ceux qui l’ont vécu confirment d’ailleurs que cette expérience est un enrichissement précieux y compris pour leur activité scientifique. De la même manière, tout citoyen, quelque soit son niveau de connaissance, a le droit de porter un avis sur les questions qui concernent sa vie propre ou celle de la société.

Ces principes font d’ailleurs aujourd’hui de moins en moins discussion. De plus en plus, en effet, grandit la conviction que les savoirs d’usage et les savoirs scientifiques nés de la recherche, ont vocation à se confronter et à s’enrichir mutuellement.
C’est la méthode et les formes de débats qui doivent évoluer pour permettre à chacun de prendre sa place : au chercheur d’apprendre à expliquer simplement son travail ou choisir de s’appuyer sur un médiateur ; au citoyen ordinaire de faire l’effort d’en rechercher le sens et la portée. C’est aux acteurs engagés dans la politique de culture scientifique actuelle et à venir, d’imaginer des formes de médiation et des modes de partage adaptés.

C’est dans cet esprit que les MJC, inscrites depuis toujours dans des pratiques d’éducation populaire, souhaitent réaffirmer, par les actions effectives qu’elles mènent et au travers leurs expériences d’acteur social, leur volonté d’animer les débats d’aujourd’hui.

Conscientes des enjeux politiques, économiques sociaux et culturels, la FFMJC affirme la nécessité que les sciences et les techniques ne soient pas réservées à une partie seulement de la population avec la conviction que leur développement même, suppose et passe par leur pleine appropriation démocratique.

Elle considère dans cette perspective, la complémentarité entre la diffusion des connaissances et une logique de construction des savoirs et des compétences privilégiant la pratique des sciences et des techniques dans un esprit d’ouverture et de curiosité. A l’instar des pratiques amateurs dans le domaine artistique, il s’agit aussi de former des publics éclairés et curieux, forcément plus attentifs aux questions complexes que l’évolution des sciences et des techniques pose à la société. Il s’agit aussi de créer des vocations, de l’appétence … le goût des sciences.

Ces dynamiques méritent de s’inscrire dans une perspective intergénérationnelle, instruisant des démarches innovantes, croisant les regards et les pratiques, mutualisant les expériences. Cela ne peut se conduire sans une action publique forte à l’échelle de la nation et de ses territoires et le soutien des associations parties prenantes.

Pour cela nous, Fédération Française des MJC, souhaitons que soient soutenues


- Les initiatives telles les conférences citoyennes, les recherches participatives, les débats scientifiques, ou techniques et tous les moments précieux de rencontre entre scientifiques, techniciens, société civile et population.

  • Les initiatives telles les « Expo-Sciences » qui permettent à tous et aux jeunes en particulier, de pratiquer des ateliers scientifiques, construisant ainsi leurs savoirs et se formant une véritable culture scientifique
  • Les initiatives de « regards croisés » entre les différentes expressions culturelles : scientifiques , techniques et artistiques.
  • l’appropriation citoyenne chercheurs, non chercheurs, techniciens et non techniciens confondus, d’un questionnement sur les finalités des sciences, l’usage des techniques issues des sciences, et singulièrement des nouvelles technologies.

Car c’est aussi cela, construire la science et la recherche de demain.