POUR UN TEMPS EDUCATIF PARTAGE FONDE SUR UN GRAND PROJET D’EDUCATION POPULAIRE

Position de la FFMJC suite au CA du 9 novembre 2013 sur l’aménagement des temps éducatifs

La réforme des rythmes scolaires vise à mieux répartir les heures de classe sur la semaine "pour favoriser la réussite scolaire de tous les élèves". Les communes sont appelées à "repenser l’organisation du temps périscolaire" en développant une offre d’accueil, d’activités culturelles, scientifiques ou sportives, de découvertes numériques et d’ateliers jeux, complémentaires d’activités d’aide à la scolarité.

Cette réforme peut être une chance pour la société si elle ose penser et mettre en œuvre un grand projet d’éducation pour tous et par tous, comme une réforme fondatrice d’une société mêlant les gens et les genres, mêlant les cultures et les croyances, mêlant les origines et les devenirs. Il n’y aura pas de grande réforme si elle ne s’inscrit pas dans une autre conception de la société, dans un grand projet d’éducation populaire.

En 1944, la République des Jeunes a été un acte fondateur d’une conception de la Jeunesse, porteuse d’un idéal de démocratie et de liberté. André Philip avait toujours affirmé « le droit de tout enfant à recevoir un enseignement qui lui permette d’accéder à toute culture ». La République des Jeunes portera cette volonté d’associer les jeunes à la refondation des Maisons des Jeunes dont l’objectif essentiel serait la formation des citoyens amenés à reconstruire la France.

En 1964, Benigno Caceres, un des animateurs de Peuple et Culture, s’inscrit dans la lignée de Condorcet, ajoutant à l’instruction la notion de formation. Il définit l’éducation populaire, dans sa dimension éducative, comme « l’ensemble des moyens qui permettent de donner à tous les hommes l’instruction et la formation nécessaires, afin qu’ils deviennent des citoyens aptes à participer activement à la vie publique. »

Depuis 70 ans, les associations MJC sont engagées dans des actions quotidiennes avec les enfants, les familles, les professionnels de la culture, du sport, des activités créatrices de loisirs. La Fédération Française des MJC entend être porteuse de ces expériences multiples pour en faire naître de grands principes, fondateurs d’une autre conception de l’enfant, de son développement, de son envie de grandir, en redonnant sa place à la famille et aux acteurs de l’éducation populaire dans un grand projet de société pour les 30 prochaines années.

De 2014 à 2044, l’histoire reste à écrire. Refonder l’école, c’est d’abord refonder le rapport des jeunes, de leurs familles, aux savoirs et aux apprentissages. C’est vouloir s’inscrire dans une perspective émancipatrice ; retisser patiemment les liens culturels, les valeurs de la transmission, la formation dans les esprits de la conscience humaine ; enseigner les relations humaines ; enseigner les méthodes de compréhension et d’appropriation du Monde.

La FFMJC se prononce pour un projet global de société, amenant les enfants à s’appuyer sur leurs racines, retrouvant la fierté de leurs cultures familiales, pour pouvoir se construire et trouver place dans la société. Cette transmission doit être à la fois singulière, propre à chacun à partir de ce qu’il est, et universelle, parce que fondée sur des valeurs appartenant à l’humanité toute entière. C’est ce qui pourrait être nommé un TEMPS EDUCATIF PARTAGE, fondé sur les valeurs et les principes de l’éducation populaire.

Dans une continuité des temps scolaire et hors-scolaire, en y associant les familles dans la richesse et la diversité des modèles qu’elles constituent, l’enfant y apprendra les grands principes de l’humanité, ceux constitutifs des droits humains, des droits culturels, des droits des civilisations, non par le discours, mais par l’expérimentation et la pratique, l’intuition et l’expression des émotions par cœur et par corps.
Il y apprendra les principes de justice et d’égalité. Il y apprendra à questionner sa vie quotidienne, mais aussi les grandes questions de la société. Il y apprendra à lire les textes et les images en les questionnant, et en apprenant à exercer un regard critique.

La réforme des rythmes scolaires est maintenant une réalité. Le contenu du temps éducatif partagé n’en est qu’à sa phase initiatique.
Seule une forte volonté politique, impulsée par le Gouvernement, peut permettre de s’engager dans une voie audacieuse, faisant en cela acte de civilisation pour « construire ensemble la société de demain » (Manifeste des MJC).
La FFMJC est disponible pour y contribuer et mettre son expérience au service des expérimentations locales faisant vivre ce TEMPS EDUCATIF PARTAGE entre le temps de la famille, le temps scolaire et le temps éducatif.

Les engagements, principes et propositions ci-dessous se veulent un cadre de référence visant à construire à partir des situations locales une réponse éducative de qualité, permettant à l’enfant de s’ouvrir à d’autres possibles.

Nos engagements :

  • Des familles actives et responsables.
  • Des enfants reconnus dans l’expression de leurs choix et leurs envies.
  • Des activités confortant le vivre ensemble, l’éducation à la démocratie, la diversité culturelle, et s’opposant aux logiques de concurrence et de domination.
  • Des parcours d’éducation sportifs, artistiques et culturels pour tous les enfants dans tous les territoires.

Nos principes :
-* Des projets éducatifs de territoires avec les acteurs de l’Education populaire.
Un programme d’aménagement ne saurait être une simple succession d’activités, enfermant les enfants et leurs familles dans une offre de consommation. Le PEDT est cet espace de rencontre, de construction, associant les acteurs du territoire. Les MJC, leurs fédérations régionales et union locales sont prêtes à y prendre toutes leurs places.

-* L’égalité et l’équité
Construire l’offre ne peut se faire en fonction des moyens financiers des familles. La gratuité des activités doit être une réalité. Pour cela les communes doivent disposer des moyens indispensables pour construire des propositions riches, en s’appuyant sur les acteurs du mouvement associatif. Elles doivent aussi penser l’éducation comme un investissement pour l’avenir et y consacrer les budgets nécessaires.

-* La continuité des temps de l’enfant
Penser la vie de l’enfant comme des temps se succédant [temps de la famille - temps du périscolaire avant ou après l’école - temps scolaire - temps éducatif des loisirs] réduit à penser l’éducation de l’enfant comme une succession d’opportunités. Il est possible de concevoir d’autres cohérences, partageant les temps dans une co-construction éducative, une continuité non des temps mais des actions.

-* Un emploi qualifié, justement rémunéré et l’accès à des formations qualifiantes
La clé de la réussite des politiques éducatives tient dans la qualité des professionnels intervenants. Techniciens des activités, animateurs socioculturels, éducateurs sportifs, professionnels de la culture, il est nécessaire de sécuriser leur travail en leur offrant des rémunérations décentes et leur permettre d’accéder à des formations qualifiantes.

-* Un soutien à l’innovation et l’expérimentation
Les dispositifs envisagés aujourd’hui sont amenés à évoluer, s’adapter, s’enrichir. Des expériences locales, soutenues par le ministère, pourraient permettre de construire et repérer des pratiques tant en milieu rural, dans les communes et les villes moyennes, que dans les villes périurbaines, les quartiers populaires ou les cœurs de ville.

-* Une place spécifique à l’éducation artistique et culturelle.
La FFMJC milite pour une éducation artistique et culturelle qui crée des passerelles entre les cultures vivantes sur un territoire, entre les générations, entre les temps de vie de l’enfant et du jeune, entre les acteurs. Nous nous inscrivons dans cette dynamique donnant à chaque jeune l’opportunité d’acquérir des outils créatifs de lecture et de compréhension du Monde.

Nos propositions :

1. Constituer de véritables instances de concertation paritaires, au niveau départemental (groupes d’appui), ou dans le cadre des PEdT qui devraient être obligatoires, associant les représentants de 3 collèges - Éducation nationale, collectivités locales et représentants de la société civile (parents, syndicats et acteurs éducatifs) - et s’assurant de la richesse et de l’équité de l’offre éducative.

2. Accorder une aide financière aux collectivités faisant appel à un coordonnateur local indépendant des collectivités et de l’éducation nationale, issu du mouvement associatif et de ses fédérations.

3. S’appuyer sur l’expérience des associations qui, à l’instar des MJC, ont déjà en charge les actions éducatives périscolaires et extra scolaires, et garantir les financements leur permettant d’organiser ces activités dans le cadre de la réforme.

4. Reconnaître la capacité des enseignants, des acteurs éducatifs et associatifs, des parents à inventer ensemble la cohérence des temps éducatifs, qu’ils soient scolaires ou non scolaires.

5. Construire les temps d’enseignement artistique, d’éducation physique, et les actions périscolaires dans une continuité de ces temps d’apprentissage.

6. Faire de la gratuité des activités périscolaires complémentaires au temps scolaire un réel objectif, favorisant la participation de tous les enfants, en cohérence avec la gratuité de l’école.

7. Assurer la formation des enseignants et des animateurs dans un processus commun, leur permettant de croiser leurs regards et leurs approches professionnelles, les rendre complémentaires et développer la qualification des intervenants associatifs

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Position de la FFMJC suite au CA du 9 novembre 2013 sur l’aménagement des temps éducatifs
POUR UN TEMPS ÉDUCATIF PARTAGE FONDE SUR UN GRAND PROJET D’ÉDUCATION POPULAIRE

V1.1 – 9 novembre 2013