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Communiqué des MJC affiliées à la Fédération Française des MJC

       

Adopté par le Conseil d’Administration le 20 juin 2020

Les MJC au cœur des enjeux de société… Mais exclues des radars publics ?!

Depuis leur fermeture le 16 mars dernier, les Maisons des Jeunes et de la Culture se sont pleinement mobilisées pour poursuivre leur projet d’Éducation Populaire dont la récente reformulation développe 4 piliers : Jeunesse, Culture, Citoyenneté et Écologie. Elles se sont engagées pour répondre aux enjeux et réagir aux problématiques posés par la crise de la Covid19, accompagner le confinement et le déconfinement, préparer l’avenir dans un contexte incertain.

À ce jour, elles sont toujours pleinement engagées pour accueillir les publics, reprendre et adapter leurs activités, répondre aux enjeux éducatifs et culturels, pour la période estivale, pour la rentrée et pour les années à venir !   

Les MJC sont particulièrement préoccupées par les situations que les enfants, les jeunes et leurs familles rencontrent, notamment les plus fragiles, dans cette période incertaine.

Elles se mobilisent aujourd’hui et continueront de s’engager avec et pour eux demain !

Néanmoins, elles demandent que les pouvoirs publics puissent considérer et soutenir globalement nos associations pour envisager ensemble les leviers nécessaires pour répondre aux finalités identifiées ensemble et aux enjeux repérés collectivement. 

En effet, dans ce contexte, nous regrettons qu’il soit utile de réaffirmer que :

  • les initiatives et actions des associations de jeunesse et d’éducation populaire sont toujours portées par un projet éducatif et culturel exigeant,
  • elles œuvrent systématiquement à améliorer la prise en compte du temps de l’enfant et la complémentarité de tous les acteurs éducatifs et culturels, et s’y engagent quotidiennement avec les familles, les acteurs de l’école, les acteurs artistiques et culturels et leurs partenaires locaux !   

Vacances apprenantes, Accueils de loisirs studieux, École buissonnière, Cités Éducatives, Été culturel, Quartiers d’été 2020, 2S2C, déclarations sur la prise en compte du temps de l’enfant…

Nous constatons à regret que les mesures politiques et la communication publique se caractérisent par un manque de considération inquiétant des acteurs associatifs, une méconnaissance de leurs engagements et de leurs pratiques professionnelles. L’absence de concertation et l’impossibilité de leur participation effective à la définition des modalités ne sont pas sans déranger et interrogent vivement les MJC !   

Le secteur associatif, comme beaucoup de services publics, s’est déjà beaucoup adapté aux évolutions des politiques publiques, et subi les contraintes économiques et complexités budgétaires liées. Les orientations qui se confirment nous inquiètent. Partenaires privilégiées de l’action publique, les MJC craignent une aggravation de leur situation et une mise en danger de ce partenariat fructueux au service de l’intérêt général. 

Pour dépasser le scepticisme important qui s’exprime à l’égard des mesures prises , les MJC appellent à :

  • plus de respect et de prise en compte de ce qui caractérise les modes d’intervention des associations et les spécificités de mise en œuvre de nos projets, en évitant tout risque d’instrumentalisation ;
  • un soutien affirmé pour permettre de poursuivre leur engagement, leur capacité à expérimenter, développer et participer à des initiatives adaptées aux enjeux du présent et de l’avenir ;
  • une confiance réciproque retrouvée propre à établir des modalités et des conditions de co-élaboration sérieuses, permettant leur pleine participation à la définition de dispositions essentielles pour les associations de jeunesse et d’éducation populaire et les associations culturelles au service des publics !   

Au cœur des enjeux de société, nous sommes déterminés à participer activement aux (re)constructions à venir ! 

MJC pendant la crise : #MJCmobilisée

Durant la crise de la Covid19, les Maisons des Jeunes et de la Culture ont montré leur agilité et leur réactivité à modifier leurs modes d’intervention. Ainsi, dès les premières mesures de confinement, tout en gardant les fondamentaux de leurs projets d’éducation populaire, les MJC ont su rapidement adapter leurs approches dans les territoires pour rester au service des habitants et des jeunes en particulier.
Massivement, elles se sont inscrites dans des démarches locales et ont développé des initiatives de solidarité de proximité, y compris en direction des personnels soignants, de soutien à la continuité éducative et pédagogique, de maintien du lien social et de l’accès aux droits et également dans des activités créatives à distance.

De l’utilité sociale des MJC

La période a démontré la réactivité du modèle des MJC, et des associations en général, confirmant ainsi leur utilité sociale indéniable. En maintenant, réorientant et/ou réinventant autant que possible leurs actions auprès des habitants et au sein de leurs territoires, tout en prenant leur responsabilité sociale, elles ont agi pour rendre le quotidien plus acceptable, limitant de fait les traumatismes personnels et collectifs liés au confinement. Elles ont mobilisé leurs ressources, dans un contexte particulier, pour contribuer, avec ingéniosité, à permettre une sortie de crise moins douloureuse par la reprise progressive des liens et des activités.

L’adaptabilité au sortir de la crise

Elles ont montré la même agilité et la même réactivité pour sortir du confinement. Ceci malgré des conditions délicates, des obstacles réglementaires liés à l’incongruité des décrets prescrivant les mesures pour faire face à l’épidémie, notamment les dispositions relatives aux Établissements Recevant du Public, des protocoles sanitaires ou administratifs multiples, tardifs, voire erratiques. L’objectif a bien toujours été, comme il le demeure, de renouer au plus vite les liens indispensables avec les usagers, répondre aux enjeux sociaux, pédagogiques et culturels pour les habitants de leurs territoires d’intervention, tout en limitant les risques pour les bénéficiaires, les bénévoles, les personnels et la pérennité des structures économiques.

Malgré les complexités et les incertitudes, elles se sont attelées au plus vite à préparer la période estivale, notamment pour les enfants et les jeunes. Avec pugnacité, engagement et professionnalisme, elles ont recherché des informations consolidées, tardives et difficilement accessibles, et créé les conditions matérielles sanitaires nécessaires de reprise et d’organisation de l’été, en lien étroit avec leurs partenaires locaux.

Avec leurs fédérations, elles se sont inscrites activement dans de nombreuses démarches collectives, partenariales et solidaires, facilitant les coordinations, permettant de limiter les conséquences de la crise
sanitaire et ses effets corollaires, tenter de se projeter vers l’avenir en répondant aux enjeux majeurs soulevés (sociaux, culturels, éducatifs, psychiques, politiques, économiques, environnementaux…), localement, régionalement comme nationalement.

De la (non) prise en compte de nos structures dans les mesures politiques & la communication publique

Mais aujourd’hui, force est de constater qu’à l’instar du mouvement associatif en général, des AJEP 1 en particulier, comme beaucoup d’acteurs sociaux et culturels, nos structures ne sont ni prises en compte, ni soutenues ! Elles demeurent invisibles dans les interventions et interlocutions publiques (notamment nationales), ou accessoirement citées comme faire-valoir de dispositifs multiples.
La multitude des tribunes2 et appels produits avec d’autres, dont nous avons contribué à la formulation et/ou que nous avons signé, semblent ne pas trouver destinataire, notamment auprès des décideurs
publics nationaux.

Pire, la communication des opérations publiques relatives à la sortie du confinement (telles que 2S2C3, « Vacances Apprenantes »4, « Été culturel », la prise en compte du temps de l’enfant…), pour lesquelles nous pourrions – et devrions ? – être concernés ou parties prenantes, montre une absence totale de prise en compte de nos projets associatifs, sociaux, éducatifs, culturels, territoriaux, bref, de nos problématiques et préoccupations pour les publics que nous connaissons. Nous craignons qu’à cela s’ajoute une méconnaissance de notre professionnalisme, de nos savoir-faire et expertises dans les champs concernés. Cela ne peut que vivement nous interroger, et donc nous déranger !

La participation des associations aux politiques publiques : un partenariat fructueux en danger ?

Collectivement, les MJC devraient et pourraient être – comme elles le sont le plus souvent localement – des partenaires privilégiés des politiques publiques mises en œuvre dans ce contexte. Elles sont en situation et en capacité à travailler à des projets éducatifs, pédagogiques, artistiques, culturels, sportifs, civiques qui soient structurants, adaptés aux publics et aux réalités des territoires (urbains, ruraux, des quartiers prioritaires, …). La période a montré que le projet d’éducation populaire des MJC était pleinement adapté pour répondre aux enjeux et finalités poursuivis, associés et associant les partenaires locaux.

Hélas, la production de dispositifs ex nihilo répond à une logique soit d’appel à projet sur cahier des charges fermés, soit de labellisation5, soit de plateformes6, sans concertation adaptée. Certaines organisations semblent disposer d’accès privilégiés aux négociations publiques, leur permettant de
disposer d’éléments stratégiques dont le plus grand nombre ne dispose pas, en dehors des coordinations, circuits et processus établis, générant disparités et frustrations. Ces opérations publiques sont ouvertes à des entreprises privées, voire lucratives, sans expertise éducative ou culturelle, ni connaissance fine des territoires ou des publics. Ces opérations et dispositifs nous invitent à nous inscrire dans des logiques de prestations marchandes et/ou opportunistes qui nous semblent contre-productives et dangereuses. Ils sont, de plus, éloignés des enjeux repérés pour les enfants et les jeunes.

Cela nous fait craindre un risque important d’instrumentalisation des associations de jeunesse et d’éducation populaire comme des associations culturelles7.

Nous sommes fiers d’appartenir à ces familles, notamment celle des associations «JEP », celle des associations culturelles ou encore celle des associations complémentaires à l’école. Organisées de manière collective au sein de coordinations, elles ont toujours eu à cœur de contribuer en lien, en co-élaboration et ou en complément de l’action publique. Elles sont caractérisées par leurs très grandes diversités, la variété de leurs modes d’intervention, les singularités de leurs approches, toujours préoccupées d’être au plus proche des possibilités, des problématiques et des opportunités à destination des publics. Cette pluralité d’initiatives adaptées à des réalités complexes et des enjeux éducatifs/pédagogiques constitue indéniablement une meilleure garantie de toucher en nombre une
variété de publics et répondre singulièrement et finement aux besoins repérés. À l’inverse, l’enfermement dans des dispositifs sclérosants limite leur capacité d’initiatives, le déploiement optimum de leurs savoir-faire et de leurs singularités, limitant l’ingéniosité pédagogique et culturelle dont elles savent faire preuve.

Par ailleurs, nous sommes frappés par la maladresse de cette communication institutionnelle qui souligne avec insistance la volonté d’un été « éducatif », d’un été « culturel » qui sous-tendrait que les projets de nos associations développés habituellement ne le soient pas ! Laisser dire cela, c’est gravement méconnaître le professionnalisme, l’engagement et l’exigence des acteurs de nos réseaux !

Heureusement, les relations de confiance établies avec la plupart des collectivités territoriales permettent aux MJC de développer des initiatives, maintenir leur projet, avec la réactivité et l’engagement dont elles font preuve.

Faire demain ! Oui, mais comment ?


Lorsque les conditions leur permettront, les MJC s’engageront à répondre aux besoins éducatifs et culturels des enfants et des jeunes (dans ou en dehors de ces dispositifs) pour qu’ils vivent un été éducatif, culturel, émancipateur et citoyen. Elles maintiendront leur engagement à participer et à améliorer la prise en compte du temps de l’enfant, et à s’inscrire dans la complémentarité des acteurs éducatifs, favorablement dans le cadre de projet éducatif de territoire.

Les pouvoirs publics n’ont pas encore apporté de réponse favorable aux demandes de fonds de soutien structurels dédiés ni au milieu associatif8, ni à nos secteurs spécifiques, afin de faire face aux risques économiques et sociaux que les associations rencontrent ou risquent de rencontrer. Or, si elles ne sont pas soutenues, elles n’auront pas la capacité de développer des projets adaptés aux territoires et aux publics, plus particulièrement à l’accompagnement des jeunes.

Nous réaffirmons avec conviction que les logiques de dispositifs éphémères ne sauraient se substituer aux partenariats structurants indispensables, négociés autour d’objectifs et de moyens convenus entre l’association et le partenaire public, inscrits dans la durée.

Les modalités de la co/re-construction : Reconstruire plutôt que reprendre !

Les réponses, et absence de réponse, actuelles confirment une tendance déjà inquiétante ! Elle appelle les associations à s’inscrire dans ces logiques de dispositifs, d’appels à projet, de prestation, de plateforme, souvent dans des délais très courts voire intenables (ajoutant, dans le contexte, aux
préoccupations administratives et matérielles déjà nombreuses pour les acteurs de terrain). Nous craignons vivement que certaines de ces opérations servent davantage des finalités de communication
publique, auxquelles nous serions contraints de contribuer, plus qu’à nous permettre de nous engager conjointement et complémentairement à répondre aux enjeux sociaux, pédagogiques et culturels majeurs qui se posent. Elles ne sauraient répondre aux problématiques rencontrées et aux enjeux des acteurs associatifs, notamment pour maintenir leur capacité d’intervention ou envisager leur survie !


De surcroît, ces modalités ne facilitent pas le développement d’initiatives adaptées pour accompagner les habitants et les jeunes en particulier de manière adaptée à la pluralité des contextes et des besoins. A ce titre, nous sommes particulièrement préoccupés par la situation de ces jeunes qui semblent déjà devoir être les grands sacrifiés de cette crise sanitaire, sociale et économique.


Nous avons à cœur de rappeler, qu’à côté de l’État et des collectivités territoriales, les associations complètent et démultiplient la force du service public en permettant également une participation citoyenne et des usagers aux politiques publiques mises en œuvre. Les MJC sont vivement attachées et pleinement engagées dans ces dimensions, pour peu que l’on reconnaisse leur rôle et leur engagement pour le faire. Elles ne sauraient être considérées comme de simples productrices de services ou de
prestations sur commande, à l’instar de n’importe quel acteur marchand, sans que cela ne dévoie la pertinence et la raison d’être de leur projet d’éducation populaire.


Au cœur des enjeux de société, nous sommes déterminés à participer activement aux (re)constructions à venir !


Extrait du projet fédéral des Maisons des Jeunes et de la Culture:

Les MJC au cœur des enjeux de société


À l’heure de l’urgence sociale, démocratique, écologique et climatique, des choix fondamentaux relatifs aux modèles de développement économique, social, culturel et politique qui dominent dans la société méritent d’être débattus et décidés par et pour le plus grand nombre. Dans une période où les ruptures s’accumulent et menacent l’effectivité des principes républicains, les Maisons des Jeunes et de la Culture mènent leur projet et leurs actions afin de permettre à chaque personne d’agir, en développant les repères nécessaires pour voir et comprendre le monde, pour s’y situer et le transformer, autant pour lui-même que dans l’intérêt commun.

Cela constitue indéniablement autant une opportunité qu’une responsabilité !

Les MJC sont présentes dans le quotidien des habitantes et habitants de nombreux territoires. Elles permettent à leurs adhérentes et adhérents, aux publics qui les fréquentent et aux populations avec lesquelles elles agissent de s’emparer des défis citoyens d’aujourd’hui.
Tout en réaffirmant le rôle déterminant qu’elles jouent d’ores et déjà, il apparaît essentiel, au regard de ces nouveaux enjeux de société, de redonner un élan politique à l’action des MJC, en dépassant le rôle d’offre de service ou de loisirs que leurs confèrent la plupart des politiques publiques (auxquelles parfois elles se limitent), aussi utiles socialement9 soient-ils. À l’écoute des changements et des questions que rencontrent les citoyennes et les citoyens, les MJC se mobilisent pour permettre à ceux-ci d’en appréhender les enjeux et de favoriser les conditions de leur participation à la transformation sociale, culturelle, démocratique et écologique dans leur territoire de vie comme dans la société.


1.AJEP: Association de Jeunesse et d’Education Populaire

2. À titre d’illustration, les dernières tribunes collectives signées : « Mettons la vie associative et l’engagement citoyen au cœur des choix de société »
« Plan de relance : ignorer ou réinventer l’association ? ». Les autres sont accessibles sur le site

3. 2S2C : Sport, Santé, Culture, Civisme

4. Opération « Vacances Apprenantes » et les dispositifs qui y sont liés « colos apprenantes », « accueils de loisirs apprenants ou studieux », « école ouverte », « école ouverte buissonnière »,…

5. Alors même que nos associations sont agréées jeunesse et éducation populaire par l’État, habilitées et/ou agréées pour leurs activités et leurs projets, connues, et souvent conventionnées, et donc partenaires sur les territoires avec les collectivités et les services déconcentrés de l’État.

6. Lancement par le ministère de la Culture de la plateforme dédiées à l’éducation artistique et culturelle.

7. Rappelant que nos fédérations, coordinations et/ou représentations n’ont pas été invitées de manière sérieuse à participer aux consultations relatives à ces dispositifs, voire à contribuer à leurs élaborations.

8. Demandes coordonnées par Le Mouvement Associatif, le Cnajep, la COFAC et le CNEA… desquels la FFMJC est membre.

9. En référence à la notion « d’Utilité sociale ».

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